Focus On Lines

28 Mai - 23 Juillet 2016 - Albert Janzen
  • A propos d’Albert Janzen
  • Carton de l’exposition :

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7, rue Michel Rodange
L-2430 Luxembourg
Grand-Duché de Luxembourg
Horaires: Mer, Ven 10h-18h, Sam 14h-18h & sur rendez-vous
Fermée entre deux expositions et pendant les vacances scolaires

Français

Après son succès au Luxembourg Art Prize en 2015, Albert Janzen revient à la Galerie Hervé Lancelin pour y proposer son exposition personnelle ; le spectateur tentera de « lire entre les lignes » de ses dessins abstraits dont les supports et les procédés varient.

La ligne : du simple au complexe

Regardons autour de nous ; il est impossible de ne pas voir de lignes. Chaque chose identifiée par l’œil et l’esprit suppose leur perception. Presque aussi basique que le point, la ligne est un élément simple qui selon Albert Janzen fonde notre rapport visuel et cognitif à la réalité.

À partir de ce constat, l’artiste en explore l’infinie possibilité des enchevêtrements. Son monde est fait de lignes. En se détournant des objets ordinaires et de leur figuration, il dessine au feutre sur tableau Velleda, à l’encre sur papier et sur Dibond préparé, ou numériquement sur Photoshop avant impression. Rarement droites, ses lignes se croisent, s’effleurent, se serrent, s’enlacent, s’emmêlent et se confondent. Leurs courbes légères ou leurs franches circonvolutions forment des images jouissant chacune d’une force ou d’une beauté singulière. Certaines ont un point d’intersection, d’autres plusieurs, et d’autres enfin ne se rencontreront jamais, aussi loin qu’on les étende. On les imagine toutes infinies, poursuivant en dehors du cadre et à leur rythme leur cheminement déterminé ou hésitant, tranquille ou tourmenté. Leurs entremêlements évoquent moins le parallélisme parfait d’un quadrillage monotone qu’elles n’évoquent d’irréguliers tissages, maillages ou diverses versions d’un profond cosmos. Et ce sont avant tout des lignes. Ne formant ni plans, ni figures reconnaissables, elles ne s’ordonnent pas mécaniquement. Leur tracé paraît aléatoire, naturel, vivant.

Le goût de l’abstrait

 L’artiste est catégorique : ses lignes ne visent pas à représenter quoi que ce soit. Le but est simple : « dessiner des lignes pour dessiner des lignes ». La fin n’est autre que le moyen. Ce refus de la représentation, cette « autoréférence » de la ligne – le fait qu’elle ne renvoie qu’à elle-même – invite le spectateur à une appréhension dans laquelle seuls les aspects saisissables par la vue (les propriétés formelles des œuvres) sont pertinents artistiquement. Clive Bell, le théoricien formaliste et critique américain[1], identifiait la peinture à des « relations et combinaisons de lignes et de couleurs »[2]. Plus tard, Clement Greenberg, défenseur de l’expressionisme abstrait, la définissait par la planéité, le pigment et la forme[3]. Ici, ni couleur, ni planéité : juste des lignes noires et leurs variations de trajectoires.

Ces dessins sont abstraits. Littéralement, les lignes exemplifient de nombreuses propriétés telles que la verticalité, l’horizontalité, l’oblique, la finesse ou l’épaisseur, le plein, le vide, la clarté et l’obscurité, la profondeur, la densité, la légèreté, ainsi que des mouvements d’ondulation, d’oscillation, de rotation, d’accélération ou enfin de jaillissement et d’affaissement. S’arrêter là serait déjà plus que satisfaisant. Et ce serait respecter l’intention de l’artiste ; celle de focaliser l’attention sur ces lignes, sur l’aspect formel de ses créations.

Dès lors il n’est pas nécessaire de s’interroger sur ce qui est représenté ou sur la manière de le faire, ni de réfléchir pour conclure que les dessins d’Albert Janzen nous plaisent ou non. Le jugement esthétique, sensoriel, direct, se fait immédiatement, sans recours à la raison. Face à une œuvre de l’artiste, on pourrait ainsi se comporter en théoricien du goût et citer Kant : « Si quelqu’un me lit son poème, ou me conduit à un spectacle, qui finalement ne convient pas à mon goût (…) Je ne veux entendre aucune raison, aucun argument (…) puisqu’il doit s’agir d’un jugement du goût et non d’un jugement de l’entendement ou de la raison. »[4]. Le plaisir suscité par ces dessins serait désintéressé, « purement contemplatif ».

La force expressive

Pourtant, ne sommes-nous pas tentés de dépasser ces agréables impressions premières ? Que rien ne soit représenté n’annihile pas l’expressivité de ces dessins. Et puisqu’une œuvre d’art échappe en partie à son auteur pour fonctionner esthétiquement dans un contexte plus vaste, le spectateur interprétera à sa manière ces compositions de lignes. Métaphoriquement, il pourra y percevoir une expression de grâce ou d’agitation. Il songera peut-être à des formes végétales, à des capillarités semblables à de simples cheveux emmêlés, à des algues ou des méduses, des morceaux de tissu ou des images de l’univers. Mais après avoir pensé aux vols d’insectes, aux frémissements des herbes hautes ou même à l’intensité des pluies tropicales, l’imagination finit par nous ramener à l’affirmation initiale, fermant une boucle pareille à celles d’Albert Janzen : le monde est structuré de lignes.

La ligne : entre découverte et création

 Ce point ne fait-il pas écho à l’une des idées primordiales de la science moderne, formulée par Galilée ? Le mathématicien et physicien italien l’a exprimé ainsi, non sans poésie : l’Univers, « cet immense livre qui se tient toujours ouvert devant nos yeux (…) est écrit dans la langue mathématique et ses caractères sont des triangles, des cercles et autres figures géométriques, sans le moyen desquels il est humainement impossible d’en comprendre un mot. Sans eux, c’est une errance vaine dans un labyrinthe obscur »[5]. Nos moyens intellectuels de décrire le réel correspondraient à sa structure.

Le langage d’Albert Janzen, sans être strictement géométrique ou mathématique, soulève à sa manière le superbe mystère de l’harmonie entre l’esprit et la nature. Ses divers agencements de lignes ont beau être abstraits, ils ne semblent pas coupés du monde. Ils montrent que les formes non figuratives produites par un esprit créatif ont une relation irrésistible avec celles que l’on observe dans le monde naturel – de même que les mathématiques semblent aussi bien créées par l’intelligence humaine que découvertes dans les lois de la nature. En quittant l’exposition, le visiteur ne saura sans doute pas vraiment si le réel est mathématique ; mais tout imprégné des œuvres de Janzen, il ne pourra pas rester indifférent aux lignes qui l’entourent, partout où le mènent ses pas.

L’art comme processus

 « Focus on lines » : le titre même de l’exposition appelle une référence à la théorie esthétique de David Davies qui repose sur le concept de « focus of appreciation ». Le philosophe, dans un ouvrage intitulé « L’art comme processus »[6], soutient que toute œuvre d’art serait le « focus d’appréciation » d’un processus antérieur. Autrement dit, un tableau ou un dessin n’est qu’une trace permettant d’appréhender ce qui est vraiment intéressant : le processus de création qui lui a donné naissance.

L’art d’Albert Janzen semble illustrer parfaitement cette théorie du processus[7]. Il n’est pas sans rappeler les démarches de l’art informel, concentrées sur l’acte même de dessiner (ou de peindre) et non sur l’œuvre finale. Un Hans Hartung pourrait ainsi s’ajouter à la liste des influences artistiques assumées, de Gerhard Richter à Cy Twombly. On ne peut en effet pas s’empêcher de rapporter les œuvres de Janzen au patient tracé qui les a engendrées. Par quelle ligne l’artiste a-t-il commencé ? Où se trouve la dernière ? Quand et pourquoi a-t-il décidé de s’arrêter à elle ? Combien de temps la création a-t-elle duré ? Qu’avait-il à l’esprit lorsque sa main dessinait chacune de ces lignes ? Les a-t-il comptées ? Le fil de sa pensée a-t-il suivi les mêmes directions ? Est-il revenu sur lui-même, a-t-il tourné en rond ? Ses compositions reflètent-elles des états émotionnels, ou plutôt une calme méditation aspirant au vide ? Finalement, le processus de création – la genèse de l’œuvre – semble importer plus que le résultat. David Davies aurait raison : c’est le processus générateur lui-même, cette longue élaboration, qui mérite le statut d’œuvre d’art. Le dessin achevé n’est qu’un point d’observation – un focus d’appréciation, un moyen d’accès à ce qui a eu lieu. Le travail sur tableau Velleda le confirme de manière éminente : effaçable, éphémère, le dessin n’existe peut-être plus que grâce à sa photographie. Ce qui s’est déroulé dans le temps est désormais suspendu. Chaque ligne incarne le bref instant ou le moment plus long d’un tracé marqué par un début et une fin.

Subsiste cependant cette impression d’infini cheminement au-delà des bords de la feuille ou du tableau, à l’image de l’activité créatrice d’Albert Janzen ; un processus toujours recommencé.

[1] Clive Bell est spécialiste de Cézanne et des postimpressionnistes

[2] Bell 1958, 17–18.

[3] Greenberg 1986, 86–87

[4] Kant, Critique de la faculté de juger, 1790, Vrin, 2000, p. 173-174.

[5] GALILEI, L’Essayeur (1623), in C. Chauviré, L’Essayeur de Galilée, coll. Les Belles Lettres, 1980, p. 141.

[6] DAVIES David, Art as Performance, Oxford, Blackwell, 2004.

[7] Cette théorie est par ailleurs discutable à certains égards. Pour de plus amples développements sur ce point, voir : BEAUQUEL Julia, Esthétique de la danse, Presses Universitaires de Rennes, Collection Aesthetica, 2015.

English

After his success in the Luxembourg Art Prize in 2015, Albert Janzen is returning to Galerie Hervé Lancelin to stage his own personal exhibition, and viewers will try to « read between the lines » of his abstract drawings, which use a variety of media and processes.

Line: from simple to complex

When we look around us, we cannot fail to see lines. Everything identified by the eye and the mind assumes our ability to see lines. Almost as fundamental as the point, the line is a simple element which, according to Albert Janzen, provides the basis for our visual and cognitive relationship with reality.

From this starting point, the artist explores the infinite possibilities of tangled lines. His world is made of them. Turning away from ordinary objects and their representation, he draws in marker pen on whiteboards, ink on paper and prepared Dibond or digitally in Photoshop before printing. Rarely straight, his lines cross, brush against each other, squeeze up close, embrace each other and get tangled and confused. Their light curves or convoluted knots form images that all have a singular strength or beauty. Some of his lines have one intersection, others several and others will never meet, however far you stretch them. We can imagine them all as infinite, continuing their path at their own pace, determined or hesitant, calm or tormented, outside the frame. Their entanglements evoke less the perfect parallelism of a monotonous grid than the irregular weaves, meshes and varying versions of a profound cosmos. Above all, they are lines. Forming neither planes nor recognisable figures, they are not ordered mechanically. Their arrangement appears random, natural, alive.

A taste for the abstract

 The artist is categorical: his lines do not aim to represent anything at all. His goal is simple: « drawing lines to draw lines ». The end is nothing other than the means. This refusal to represent, this « self-reference » of the line – the fact that it refers only to itself – invites the viewer to an understanding in which only those aspects that can be encompassed by sight (the formal properties of the works) are artistically relevant. Clive Bell, the American formalist theoretician and critic[1], identified painting with « relations and combinations of lines and colours[2]. Later, Clement Greenberg, a defender of abstract expressionism, defined it as flatness, pigment and form[3]. Here, there is neither colour nor flatness: just black lines and their varying trajectories.

These drawings are abstract. Literally, the lines exemplify many properties such as verticality, horizontality, obliqueness, thinness or thickness, fullness, emptiness, lightness and darkness, depth, density, lightness and movements of undulation, oscillation, rotation, acceleration, gushing and sagging. Stopping here would be more than satisfactory. And it would be to respect the intention of the artist – to focus attention on the lines, on the formal aspect of his creations.

This means there is no need to question what is being represented or how it is being done, or to think, in order to decide whether we like Albert Janzen’s drawings or not. The aesthetic, sensory, direct judgement takes place immediately, with no recourse to reason. Faced with one of the artist’s works, we could behave like a theoretician of taste and quote Kant: « If a man reads me a poem of his or brings me to a play, which does not after all suit my taste […] I will listen to no arguments and no reasoning […] For it is to be a judgement of Taste and not of Understanding or Reason. »[4] The pleasure generated by these drawings is disinterested, « merely contemplative ».

Expressive force

And yet, are we not tempted to go beyond these pleasant initial impressions? The fact that nothing is represented takes nothing away from the expressiveness of these drawings. And as a work of art partly escapes its creator to function aesthetically in a broader context, viewers will interpret these compositions of lines in their own way. Metaphorically, they might see an expression of grace or agitation. They might think of plant forms, capillaries similar to matted hair, seaweed or jellyfish, fragments of fabric or images of the universe. But after thinking about the flights of insects, the quivering of long grass or even the intensity of tropical rain, the imagination ultimately brings us back to the initial assertion, closing a loop analogous to those of Albert Janzen’s drawings: the world is made of lines.

Line: between discovery and creation

 Does this point not echo one of the fundamental ideas of modern science, formulated by Galileo? This is how the Italian mathematician and physicist expressed it, not without poetry: « this grand book, the universe, which stands continually open to our gaze […] is written in the language of mathematics, and its characters are triangles, circles, and other geometric figures without which it is humanly impossible to understand a single word of it; without these, one wanders about in a dark labyrinth. »[5] Our intellectual resources for describing reality correspond to its structure.

The language of Albert Janzen, without being strictly geometrical or mathematical, evokes in its own way the superb mystery of the harmony between mind and nature. His layouts of lines may be abstract, but they do not appear cut off from the world. They show that non-figurative forms produced by a creative mind have an irresistible relationship with those we can see in the natural world – in the same way that mathematics seem equally to be created by human intelligence and discovered in the laws of nature. Leaving the exhibition, visitors will not really know whether reality is mathematical; but, impregnated with the works of Janzen, they cannot remain indifferent to the lines that surround them wherever they feet take them.

Art as a process

 « Focus on lines »: the exhibition title itself suggests a reference to the aesthetic theory of David Davies, which is based on the concept of « focus of appreciation ». The philosopher, in a book entitled « Art as Performance »[6], claims that all works of art are the « focus of appreciation » of an internal process. In other words, a painting or drawing is just a trace allowing us to apprehend what is really interesting – the process of creation that gave birth to it.

Albert Janzen’s art seems a perfect illustration of this theory of process[7].It has something of the approach of informal art, concentrating on the action of drawing (or painting) rather than the final work. Hans Hartung could thus be added to the list of stated artistic influences, from Gerhard Richter to Cy Twombly. We cannot help relating Janzen’s works to the patient tracing of the lines that created them. With which line did the artist begin? Which was the last one? When and why did he decide to stop there? How long did the creation take? What was in his mind as his hand drew each of these lines? Did he count them? Did his line of thinking follow the same directions? Did he turn back on himself, or go round in circles? Do his compositions reflect emotional states, or a calm meditation aspiring to nothingness? Ultimately, the process of creation – the genesis of the work – seems more important than the result. David Davies is right: it is the generating process itself, this long preparation, that deserves the status of a work of art. The finished drawing is just an observation post, a focus of appreciation, a means of accessing what has taken place. The work on whiteboards clearly confirms this: wipeable, ephemeral, the drawing may only continue to exist through photography. What took place before is now suspended. Each line incarnates the brief instant or longer moment of a line marked by a beginning and an end.

But what remains is the impression of an infinite continuation beyond the edges of the sheet or the board, in the image of Albert Janzen’s creative activity – a process constantly begun again.

[1] Clive Bell specialised in Cézanne and the post-impressionists

[2] Bell 1958, 17–18.

[3] Greenberg 1986, 86–87

[4] Kant, The Critique of Judgement, 1790, Vrin, 2000, p. 173-174.

[5] GALILEI, The Assayer (1623), in C. Chauviré, L’Essayeur de Galilée, coll. Les Belles Lettres, 1980, p. 141.

[6] DAVIES David, Art as Performance, Oxford, Blackwell, 2004.

[7] This theory is debatable on a number of levels. For a more in-depth exploration of the point, see: BEAUQUEL Julia, Esthétique de la danse, Presses Universitaires de Rennes, Collection Aesthetica, 2015.

Deutsch

Nach seinem Erfolg beim Luxembourg Art Prize 2015 kehrt Albert Janzen in die Galerie Hervé Lancelin zurück, um dort seine persönliche Ausstellung zu zeigen. Der Zuschauer muss versuchen, „zwischen den Linien“ seiner abstrakten Zeichnungen, die verschiedene Materialien und Verfahren aufweisen, zu lesen.

Die Linie: Von der Einfachheit zur Komplexität

Schauen wir uns um: Es ist unmöglich, keine Linien zu sehen. Alles, was vom Auge und vom Geist wahrgenommen wird, setzt die Wahrnehmung von Linien voraus. Die Linie ist fast so grundlegend wie der Punkt. Sie ist ein einfaches Element, das nach Albert Janzen unsere visuelle und kognitive Verbindung mit der Realität herstellt.

Auf der Grundlage dieser Feststellung entdeckt der Künstler die unendlichen Möglichkeiten der Verkettungen. Seine Welt besteht aus Linien. Indem er sich von gewöhnlichen Objekten und ihrer bildlichen Darstellung abwendet, zeichnet er mit dem Filzstift auf Velleda-Tafeln, mit Tinte auf Papier und vorbehandelte Dibond-Platten oder digital zum späteren Ausdruck mit Photoshop. Seine Linien sind selten gerade. Sie überkreuzen sich, sie berühren sich, sie verdichten und umwinden sich, sie vermischen und verwirren sich. Ihre leichten Kurven oder ihre freien Windungen lassen Bilder entstehen, die alle eine einzigartige Stärke oder Schönheit aufweisen. Einige haben einen, andere mehrere Überschneidungspunkte, während sich manche auch nie treffen, gleich wie weit man sie ausdehnt. Man stellt sich vor, dass sie alle unendlich sind, außerhalb des Rahmens weiterverlaufen und ihren eigenen Rhythmus besitzen, entschlossen oder zögerlich, ruhig oder bewegt. Ihre Vermischung zeugt weniger vom perfekten Parallelismus eines monotonen Karomusters, sondern von unregelmäßigen Webstrukturen, Vernetzungen oder verschiedenen Versionen eines tiefgründigen Kosmos. Und sie sind in vor allem Linien. Sie bilden keine Pläne, keine erkennbaren Figuren, sie werden nicht mechanisch angeordnet. Ihr Weg scheint zufällig, natürlich, lebendig zu sein.

Der Geschmack des Abstrakten

 Der Künstler ist kategorisch: Seine Linien sollen nichts Beliebiges darstellen. Das Ziel ist einfach: „Linien zeichnen, um Linien zu zeichnen“. Das Ziel unterscheidet sich vom Mittel. Diese Ablehnung der Darstellung, dieser „Autoreferenz“ der Linie – die Tatsache, dass sie sich nur auf sich selbst bezieht – lädt den Zuschauer zu einer Wahrnehmung ein, bei der nur die durch das Auge ergreifbaren Aspekte (die formellen Eigenschaften der Werke) eine künstlerische Aussagekraft besitzen. Clive Bell, der amerikanische formalistische Theoretiker und Kritiker[1], bezeichnete die Malerei als „Beziehungen und Kombinationen von Linien und Farben“ [2]. Später definierte Clement Greenberg, ein Verteidiger des abstrakten Expressionismus, sie durch Ebenheit, Färbung und Form[3]. Hier gibt es weder Farbe noch Ebenheit: Nur schwarze Linien und ihre verschiedenen Wege.

Diese Zeichnungen sind abstrakt. Wörtlich veranschaulichen die Linien zahlreiche Eigenschaften, z.B. senkrechte und horizontale Ausrichtungen, schräge Bewegungen, sie sind fein oder breit, voll oder leer, hell oder dunkel, tief, dicht, leicht, gewellt, schwankend, rotierend, beschleunigend oder gar sprühend oder einsinkend. Diese Erkenntnis ist bereits mehr als zufriedenstellend und betont die Absicht des Künstlers: Er möchte die Aufmerksamkeit auf die Linien und die formellen Aspekte seiner Werke lenken.

Somit ist es nicht notwendig, sich zu fragen, was dargestellt wird oder wie es dargestellt wird. Man muss auch nicht lange nachdenken, um zu wissen, ob die Zeichnungen von Albert Janzen uns gefallen oder nicht. Das ästhetische, sensorische, direkte Urteil wird unmittelbar gefällt, ohne dass die Vernunft ins Spiel kommt. Einem Werk dieses Künstlers gegenüberstehend könnte man sich auch wie ein Theoretiker verhalten und Kant zitieren: „Wenn mir jemand sein Gedicht vorliest oder mich zu einem Schauspiel mitnimmt, dass mir schließlich nicht gefällt (…), möchte ich keinerlei Grund oder Argument hören (…), denn es muss sich um ein Urteil des Geschmacks und nicht um ein Urteil des Verständnisses oder der Vernunft handeln.“ [4] Die Freude, die aus diesen Zeichnungen hervorgeht, wäre dann ohne Interesse und „rein kontemplativ“.

Die expressive Stärke

Aber sind wir nicht versucht, diesen angenehmen ersten Eindruck hinter uns zu lassen? Die Tatsache, dass nichts dargestellt wird, macht die Ausdrucksstärke dieser Zeichnungen nicht zunichte. Und wenn ein Kunstwerk teilweise seinem Schöpfer entkommt, um ästhetisch in einem breiter gefächerten Kontext zu wirken, wird der Zuschauer diese Linienkompositionen auf seine Art deuten. Metaphorisch gesehen kann er dort den Ausdruck von Anmut oder Unruhe wahrnehmen. Er denkt vielleicht an Pflanzen, an Feinheiten, die an ungekämmte Haare, an Algen oder Quallen, an Stofffetzen oder Aufnahmen des Universums erinnern. Aber nachdem wir an die Flugbahn von Insekten, an zitternde Gräser oder gar an einen tropischen Starkregen gedacht haben, bringt uns unsere Vorstellungskraft schließlich wieder zur ersten Überlegung zurück. Der Kreis schließt sich, wie bei Albert Janzen: Die Welt besteht aus Linien.

Die Linie: Zwischen Entdeckung und Schöpfung

Reagiert dieser Punkt nicht auf eine der wichtigsten Ideen der modernen Wissenschaft, die von Galileo ausgesprochen wurde? Der italienische Mathematiker und Physiker hat dies nicht vollständig unpoetisch ausgedrückt: Das Universum, „dieses riesige Buch, das vor unseren Augen immer geöffnet ist (…) wurde in der mathematischen Sprache verfasst. Seine Buchstaben sind Dreiecke, Kreise und weitere geometrische Formen, ohne die es dem Menschen nicht möglich ist, auch nur ein Wort zu verstehen. Ohne sie ist alles ein unnützer Irrtum in einem dunklen Labyrinth.“[5] Unsere intellektuellen Mittel zur Beschreibung der Wahrheit entsprechen dieser von ihm beschriebenen Struktur.

Die Sprache von Albert Janzen erklärt – ohne streng geometrisch oder mathematisch vorzugehen – auf ihre Art das große Geheimnis der Harmonie von Geist und Natur. Seine verschiedenen Linienanordnungen mögen abstrakt sein, aber sie scheinen nicht von der Welt abgeschnitten zu sein. Sie zeigen, dass nicht bildliche Formen, die von einem kreativen Geist geschaffen wurden, eine unwiderstehliche Beziehung zu den Formen aufrechterhalten, die man in der Natur beobachten kann – sowie auch die Mathematik sowohl von der menschlichen Intelligenz als auch von den Gesetzen der Natur geschaffen wurde. Der Besucher weiß, wenn er die Ausstellung verlässt, wahrscheinlich nicht, ob die Wahrheit mathematisch ist. Nachdem er aber die Werke von Janzen auf sich wirken gelassen hat, kann er die Linien um ihn herum nicht mehr ignorieren, gleich wohin er sich auch bewegt.

Die Kunst als Prozess

 „Focus on lines“: Der Titel der Ausstellung bezieht sich auf die ästhetische Theorie von David Davies, die auf dem Konzept des „Focus of Appreciation“ [„Fokus der Beurteilung“] basiert. Der Philosoph stellt in einem Werk mit dem Namen „Die Kunst als Prozess“ [6] dar, dass jedes Kunstwerk den „Fokus der Beurteilung“ eines vorherigen Prozesses darstellen kann. Anders gesagt ist ein Bild oder eine Zeichnung nur eine Spur, die ermöglicht wahrzunehmen, was wirklich interessant ist: Den Schöpfungsprozess, der zur Entstehung dieses Kunstwerks führte.

Die Kunst von Albert Janzen scheint diese Theorie des Prozesses[7] perfekt zu erläutern. Sie zeigt die Schritte der informellen Kunst, die sich auf den Akt des Zeichnens (oder Malens) selbst und nicht auf das finale Werk konzentrieren. Ein Einfluss von Hans Hartung könnte somit zum künstlerischen Einfluss eines Gerhard Richter oder eines Cy Twombly hinzukommen. Man muss die Werke von Janzen in Bezug setzen zu den Linien, aus denen sie entstehen. Mit welcher Linie hat der Künstler begonnen? Welche Linie hat er zuletzt gezeichnet? Wann und warum beschloss er, mit dieser Linie aufzuhören? Wie lange hat die Entstehung des Werks gedauert? Was dachte er, während seine Hand jede dieser Linien zeichnete? Hat er sie gezählt? Sind seine Gedanken in die gleiche Richtung gegangen? Ist er zu sich selbst zurückgekehrt, oder hat er sich im Kreis gedreht? Spiegeln seine Kompositionen Gemütszustände oder eher eine ruhige, ins Leere gehende Meditation wider? Schließlich scheint der Schöpfungsprozess – die Genese des Werks – wichtiger zu sein als das Ergebnis. David Davies hatte Recht: Es ist der Entstehungsprozess selbst, der lange Arbeitsvorgang, der die Bezeichnung Kunstwerk verdient. Die fertige Zeichnung ist nur ein Beobachtungspunkt – ein Fokus der Bewertung, ein Zugang zu dem, was stattgefunden hat. Die Arbeit auf Velleda-Tafeln zeigt dies ganz deutlich: Löschbar, vergänglich – die Zeichnung existiert vielleicht später nur noch dank einer Fotografie. Was im Laufe der Zeit geschehen ist, wird gelöscht. Jede Linie verkörpert den kurzen Augenblick oder den längeren Weg einer Linie, mit einem Anfang und einem Ende.

Was jedoch bleibt, ist dieser Eindruck des unendlichen Weges, über die Grenzen des Papiers oder der Tafel hinweg, der die kreative Arbeit von Albert Janzen zeigt: Ein immer wieder von Neuem begonnener Prozess.

[1] Clive Bell ist Spezialist für Cézanne und den Postimpressionismus.

[2] Bell 1958, 17–18.

[3] Greenberg 1986, 86–87

[4] Kant, Critique de la faculté de juger [Kritik der Urteilskraft], 1790, Vrin, 2000, S. 173-174.

[5] GALILEI, L’Essayeur (1623), in C. Chauviré, L’Essayeur de Galilée, coll. Les Belles Lettres, 1980, S. 141.

[6] DAVIES David, Art as Performance, Oxford, Blackwell, 2004.

[7] Diese Theorie kann zu dem in verschiedenen Punkten diskutiert werden. Für weitere Ausführungen zu diesem Punkt, siehe: BEAUQUEL Julia, Esthétique de la danse, Presses Universitaires de Rennes, Collection Aesthetica, 2015.

Reportage sur RTL Television (samedi 4 juin 2016) :

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